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« En cinq ans, le président Touadéra a fait de la RCA une terre d’accueil pour le crime organisé transnational. », indique un rapport explosif américain

Mardi 20 Octobre 2020

Bangui, 20 octobre (LQB). The Sentry publie son dernier rapport d’enquête, « État de prédation »:
Un combat pour les diamants, l’or et les dollars sur fond de guerre par procuration entre la France et la Russie en Centrafrique.



Face à des élections minées par la corruption, l’ingérence des puissances étrangères dans le processus électoral, l’exploitation politique de la Covid-19 et une prise d’assaut par les profiteurs centrafricains et étrangers, la Centrafrique devient une pépinière pour le crime organisé, les trafics et le financement du terrorisme
Washington/Paris, le 19 octobre 2020 – The Sentry révèle dans son dernier rapport publié aujourd’hui que le crime organisé transnational et le financement du terrorisme sont en plein essor en Centrafrique, alimentés par la corruption à grande échelle, l’exploitation de la pandémie de Covid-19 et une guerre par procuration violente entre des acteurs pro-français et des acteurs pro-russes voulant piller les ressources naturelles lucratives du pays.

Dans son rapport d’enquête « État de prédation : La République centrafricaine otage des proxys et des profiteurs de guerre », The Sentry expose la prolifération du blanchiment d’argent et du trafic d’or, de diamants, d’armes, de passeports diplomatiques et de drogue. Le rapport sonne également l’alarme pour la sécurité régionale et internationale alors que le pays se rue vers des élections présidentielles incertaines.

Nathalia Dukhan, enquêteuse principale, The Sentry, déclare : « La
Centrafrique est plus divisée que jamais. Les plus grandes menaces à la paix et à la sécurité aujourd’hui ne sont pas les divisions ethniques et religieuses qui apparaissent en surface, mais plutôt la guerre par procuration—silencieuse mais dévastatrice—alimentée par des acteurs pro-français et des acteurs pro-russes. À moins de deux mois avant les élections, les puissances étrangères font intrusion sur la scène politique centrafricaine et sèment le conflit, alors qu’elles s’affrontent pour dépouiller le pays de ses trésors et remporter des avantages géostratégiques sur cette partie du continent. Le chaos et la corruption engendrés par cette lutte de pouvoir ont fait du pays une terre d’accueil pour les réseaux criminels et les milices armées mafieuses ».

John Prendergast, cofondateur, The Sentry, déclare : « Depuis bien trop longtemps, la communauté internationale tente de cajoler les parties en guerre pour qu’elles fassent moins de mal, tout en fermant les yeux sur le pillage violent d’une nation par des prédateurs centrafricains et étrangers. Cela garantit un statu quo meurtrier quand on s’appuie sur le faux espoir d’un processus électoral corrompu et de l’accord de Khartoum vicié à la base, car les criminels continueront de déchiqueter la Centrafrique et de profiter de son démembrement. Cependant, les gouvernements et le secteur bancaire au niveau mondial peuvent avoir recours à des pressions financières et des mesures sans concessions pour donner plus de poids à la paix. C’est là que la communauté internationale doit fixer son attention, et ce avec urgence ».

Ce rapport souligne le rôle des puissances étrangères prédatrices, notamment l’alliance entre le régime du président centrafricain Faustin-Archange Touadéra et le Groupe Wagner, un acteur semi-étatique de sécurité russe. Le Groupe Wagner, qui s’est révélé avoir soutenu des groupes armés accusés d’abus contre les civils en Centrafrique, est dirigé par Yevgeny Prigozhin, un oligarque de Saint-Pétersbourg surnommé le « chef de Poutine », en raison de ses liens étroits avec le président russe Vladimir Poutine.

Hilary Mossberg, directrice de la politique de financements illicites, The Sentry, déclare : « Les activités des groupes criminels organisés, des trafiquants de drogue, des acteurs sous sanctions internationales et des déstabilisateurs de la paix, y compris les transactions illicites et les pots-de-vin en dollars, nécessitent une vigilance renforcée envers les transactions et les clients de la part des institutions financières internationales entretenant des liens avec la région. Les banques et les commerces liés aux secteurs des ressources naturelles de la Centrafrique doivent impérativement monter la garde contre des acteurs corrompus et des transactions financières illicites, et remplir leur rôle pour empêcher le conflit de se propager dans le pays ».
Conclusions principales du rapport d’enquête :

Le régime de Touadéra a instrumentalisé la pandémie. En invoquant un état d’urgence, le pouvoir central et ses alliés ont tenté de reporter les élections à une date indéfinie, prorogeant ainsi les mandats du président et des députés.

Le cercle de Touadéra a versé près de 300 millions de francs CFA (soit 450.000 euros) en pots-de-vin aux députés favorables à un changement de la Constitution. La Cour constitutionnelle a rejeté ces manœuvres, tandis que l’opposition politique a dénoncé une tentative de coup d’État électoral. Des accusations de fraude électorale à grande échelle entachent le processus d’inscription aux listes électorales.

Afin d’éliminer une faction armée qui menaçait les plans de réélection du président Touadéra, le clan présidentiel et le groupe Wagner, un acteur semi-étatique de sécurité chargé d’exécuter la politique étrangère du Kremlin, ont donné leur appui à des groupes armés accusés d’abus graves contre des civils.

Le gouvernement aurait autorisé environ 80 mercenaires soudanais aux ordres d’Ali Muhammad Ali Abd-al-Rahman, alias Ali Kushayb, à venir renforcer ces groupes. La Cour pénale internationale (CPI) a accusé ce chef militaire de former et de mener en 2002 et 2003 la milice janjawid qui a participé au génocide au Darfour.

Afin de contrecarrer les efforts du président Touadéra et de son allié russe pour conserver le pouvoir, certains réseaux militaires français ont activé des acteurs régionaux et nationaux, y compris des groupes armés, pour tenter d’empêcher la réélection de Touadéra et de placer de nouveau à la tête du gouvernement des chefs politiques favorables aux intérêts français.

En cinq ans, le président Touadéra a fait de la RCA une terre d’accueil pour le crime organisé transnational.  Des hommes d’affaires puissants agissent dans l’ombre en faveur de la réélection du président centrafricain, parmi lesquels figurent des individus impliqués dans le blanchiment d’argent ainsi que les trafics de ressources naturelles, de drogue, d’armes et de passeports diplomatiques.
Recommandations principales :

Le Conseil de sécurité de l’ONU, l’Union européenne et leurs États membres

Mettre fin aux soutiens à la mise en œuvre de l’accord de Khartoum. Mettre un terme au soutien politique et financier des initiatives qui alimentent la corruption du gouvernement, l’économie de guerre et l’impunité, telles que les aides destinées à la mise en œuvre de l’accord de Khartoum. Favoriser plutôt un processus novateur basé sur le dialogue national, régional et international en vue de fournir un cadre politique capable de répondre aux nombreux défis découlant d’une guerre par procuration.

S’assurer que les élections sont transparentes et démocratiques. Assurer un contrôle vigoureux de l’intégralité du processus électoral effectué par un organisme indépendant, tenir le gouvernement centrafricain pour responsable et assurer la participation de la société civile. Refuser de reconnaître le futur gouvernement centrafricain comme légitime en cas de constat de fraude électorale majeure, modifier les priorités de financement et cesser tout soutien budgétaire.

Cibler des réseaux entiers qui déstabilisent systématiquement les initiatives de réponse à la crise, en particulier ceux liés au crime organisé transnational. Mener des enquêtes sur des individus et des entités liés aux réseaux de crime organisé transnational, en mettant l’accent sur des représentants du gouvernement et des hommes d’affaires internationaux, et imposer toutes sanctions adaptées.

Lutter de manière efficace contre le trafic de minerais provenant des zones de conflit en RCA. L’UE devrait s’assurer de la mise en œuvre efficace de son nouveau Règlement sur les minerais provenant de zones de conflit, qui entrera en vigueur en janvier 2021, particulièrement concernant la lutte contre les trafics d’or vers l’UE provenant des zones de conflit centrafricaines. Le Conseil de sécurité de l’ONU devrait ajouter au mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) des mesures concrètes ciblant l’économie de guerre et les réseaux criminels.

Poursuivre en justice les crimes économiques et financiers. Soutenir la Cour pénale spéciale de la RCA, la Cour criminelle internationale et d’autres juridictions nationales compétentes pour effectuer des enquêtes sur les crimes financiers et les poursuivre en justice.
Les banques et les institutions financières

Lutter contre les réseaux criminels. Les institutions financières actives en RCA devraient renforcer leur contrôle des transactions financières impliquant des réseaux criminels, en particulier ceux liés étroitement au secteur des ressources naturelles, et remettre des rapports d’activités douteuses aux unités de renseignements financiers s’il y a lieu.

Lire le rapport complet : https://thesentry.org/reports/etat-de-predation/

Pour toute demande de renseignement ou d’entretien, les médias sont priés de contacter : Greg Hittelman, directeur de la communication, +1 310 717 0606, gh@thesentry.org

 À PROPOS


The Sentry est une équipe d’enquête qui traque l’argent sale lié à des criminels de guerre africains et des profiteurs de guerre transnationaux, et cherche à exclure du système financier international les personnes tirant profit de la violence. En perturbant les calculs coûts-avantages de ceux qui détournent les gouvernements pour s'auto-enrichir en Afrique orientale et centrale, la zone de guerre la plus meurtrière dans le monde depuis la Seconde Guerre mondiale, nous cherchons à contrer les principaux moteurs de conflit et à créer un nouveau levier pour la paix, les droits de l'homme et la bonne gouvernance. The Sentry est composé d’enquêteurs financiers, d’avocats internationaux spécialisés dans les droits de l’homme et d’experts régionaux, ainsi que d’anciens représentants des forces de l’ordre, des agents du renseignement, des responsables politiques, des journalistes d’enquête et des professionnels du milieu bancaire. Fondé conjointement par George Clooney et John Prendergast, The Sentry est un partenaire stratégique de la Clooney Foundation for Justice.

Pour en savoir plus, voir www.TheSentry.org
 
 
 

Rédaction LQB

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